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 Les doctrines fondamentales des Upanishad-s

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Greenman
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MessageSujet: Les doctrines fondamentales des Upanishad-s   15/9/2011, 12:27 am

Les doctrines fondamentales des Upanishad-s

A. La doctrine de base

C'est l'identité entre le Brahman et l'âtman. Le Brahman, c'est l'Absolu qui n'est pas conçu sous la forme d'une personne, c'est l'énergie divine infinie qui crée, préserve et résorbe en lui tout l'univers (à la fin de la période cosmique), et qui se présente à nous de manière dégradée, matérialisée dans toutes les créatures, quelles qu'elles soient. Cette énergie divine infinie est identique à l'âtman, l'âtman étant ce que nous découvrons être notre âme, notre noyau fondamental, dans lequel se trouve préservé notre identité à travers les transmigrations.

Cette identité est affirmée par les célèbres formules:

Tat tvam asi ("Cela c-à-d le Brahman, tu l'es toi-même), Chandogya-Upanishad 6.8.7.
Aham Brahma asmi ("Je suis le Brahman"), Brihad-âranyaka-up. 1.4.10.



Cette identité n'est pas chose évidente, parce que ce que nous percevons des choses et des personnes dans l'expérience quotidienne, c'est leur enveloppe extérieure, et non leur noyau intime.

Le fait que les objets et les personnes ne nous apparaissent pas spontanément dans leur être profond, central, dans leur âtman est le résultat de la mâyâ. La mâyâ est la puissance d'illusion qui fait que nous n'allons généralement pas au-delà des informations brutes qui nous sont livrées par les sens et que nous croyons représenter toute la réalité, alors qu'elles ne représentent que la surface de la réalité, et non leur noyau central, leur âtman.

Le Brahman et l'âtman sont en dernière analyse inconnaissable, mais nous pouvons néanmoins laisser l'âtman advenir en nous, en faisant silence en nous-mêmes grâce aux exercices de yoga.

B. La cosmologie des Upanishads

Elle est résumée dans une célèbre formule de la Chandogya-Upanishad (3.14.1) :

"Assurément l'univers est Brahman. Le Brahman doit être médité comme le Tajjalân "

Tajjalân se décompose en tat-ja-lâ-an, tat=cela (cf. anglais that), ja = naître (cf. genèse), lâ = retourner, an = animer (cf français animer).

Il faut donc comprendre: "Le Brahman est ce dont (tat) l'univers est né (ja), ce dans quoi il retourne (lâ), et par quoi il est animé (an).

Dans cette expression, on a la première allusion à la triple activité du Brahman comme producteur de l'univers, comme vivificateur et comme lieu de retour de l'univers.

1. La production de l'univers

Dans les hymnes du Veda, on a tout une série de textes qui ont en commun

(1) qu'il y a un principe premier (, le Brahman, Prajâpati...., sur Prajâpati voir tapas)

(2) que ce principe émet ou produit (sanskrit: shrshti) une matière à partir de lui-même (eaux sur lesquelles se développe un oeuf.....)

(3) et entre en tant que premier-né en elle (sur un exemple de cosmogonie des Védas, voir ici).

Ce schème s'est, en gros, conservé dans les Upanishads. Les textes les plus importants sont par ordre chronologique:

Brhad-Âranyaka-up. 1.4.7.:

"L'univers avant nous n'était pas encore déployé; il se déploya alors par le nom et la forme [c-à-d qu'il devint distinct]; cet Âtman (= ce Brahman) y est entré jusqu'au bout des ongles, comme le rasoir enfermé dans son étui, ou le feu dans les baguettes [qui servent à l'allumer]"


Ce texte n'établit pas encore de distinctions dans l'univers ainsi déployé. La Chandogya-up ( (6.2.3) distingue déjà dans la masse matérielle issue du Brahman 3 éléments: le feu (tejas), l'eau et la nourriture (ou la terre).

Taittirîya-up 2.1 : "De ce Soi (Âtman, c-à-d le Brahman)) est issu l'espace (âkâça, sur l'âkâça voir Maitry-up. 6.17), de l'espace, du vent le feu, du feu les eaux, des eaux la terre ",

avec une nouvelle idée: un ordre d'engendrement; ces 5 éléments, on les retrouvera dans le système philosophique sâmkhya, ainsi que l'idée d'un engendrement successif.

Remarque: dans ces premiers textes, on ne fait pas tellement la distinction entre nature organique et inorganique, les deux sont issus du Brahman et sont composés à partir des 5 éléments du cosmos.

La différence, c'est que les corps organiques (plantes, animaux, dieux) sont des âmes migrantes, et sont donc en essence l'âtman lui-même, tandis que les corps inorganiques sont composés uniquement des 5 éléments (éther, vent, feu, eau, terre). Bien que gouvernés eux aussi par le Brahman (Bâ 3.7.3-14), ils ne sont pas pour autant des âmes migrantes comme les animaux, les hommes et les dieux (il s'agit des divinités à karman ou deva).

En ce qui concerne la nature organique, on garde l'idée que sa création est une shrishti, une décharge, une libération, une émission, une émanation du Brahman, mais on insiste tout particulièrement sur la présence de l'âtman migant. Ainsi en Bâ 2.2.18, il y a un jeu de mots entre pura et purusha. Le Brahman crée les organismes comme des citadelles (pura) et entre en elles comme un habitant.

" Comme des citadelles (pura), il (le Purusha, c-à-d le Brahman) a produit les bipèdes, comme des citadelles, il a créé les quadrupèdes, dans les citadelles, il est entré comme un oiseau, dans les citadelles comme un habitant".

Tous les êtres vivants (plantes, animaux, hommes et dieux mineurs) sont donc des sanctuaires dans lesquels le Brahman est présent en tant qu'âme individuelle. C'est pourquoi il n' y a pas en Inde de sanctuaire du Brahman (comme il y a des temples pour les dieux seigneurs ou Îçvara-s), puisque tous êtres vivants sont par définition des sanctuaires du Brahman.

Mundaka-up 2.1.7:

" De lui les dieux ont émané selon leurs formes diverses, les génies également; de lui les hommes, les animaux et les oiseaux, inspiration et expiration, le riz et l'orge.

La transmigration englobe donc bien les plantes (Katha-up 5.7) et les dieux (Bâ 4.4.4.).

Remarque: la conception de la shrshti (le Brahman, après avoir émis le monde, entre en lui) sauvegarde l'idée de la seule réalité du Brahman (sur la seule réalité du Brahman, voir le Vedânta de Shankara ).

2. La conservation et l'animation de l'univers

Le Brahman est ce qui sous-tend l'univers entier. Sans le Brahman, rien de ce qui est visible n'existerait. Il y a un lien de dépendance explicite entre toutes les réalités du monde et le Brahman qui est expliqué dans la Mundaka-Upanishad (et en Brhad-Âranyaka up 2.4.7-9) par la très belle des étincelles et du feu (en Bâ: image du son et des instruments de musique): les réalités de notre monde sont comme les étincelles qui jaillissent du feu; les étincelles n'existent que parce que le feu est allumé et brûle, de même les réalités du monde n'existent que parce que par derrière brûle éternellement ce feu qu'est le Brahman:

" De même que d'un feu bien allumé jaillissent par milliers des étincelles qui sont en parenté avec lui, ainsi, mon cher, de l'Impérissable (= du Brahman) émanent les êtres divers et retournent à lui " (Mundaka-upanishad 2.1.1)

Mieux, l'univers que nous avons devant nous, c'est le corps du Brahman, et les différents élément de l'univers sont des membres de ce corps gigantesque:

"Le feu est sa tête, la lune et le soleil ses yeux, les points cardinaux ses oreilles et sa parole les Védas révélés. Le vent est son souffle, tout l'univers est son coeur. La terre provient de ses pieds. Il est, de tous les êtres, l'âme intérieure " (Mundaka-up 2.1.4).

Si le Brahman sous-tend le monde, c'est parce qu'il y est partout répandu, de manière mystérieuse et invisible, et qu'il vitalise et anime le monde (voir la parabole du fruit du nyagrodha en Chandogya-up 6.12.1-3).

Chaque chose doit son existence propre au fait qu'elle trouve son fondement dans le Brahman:

" En vérité, c'est sous l'autorité de cet Impérissable que le soleil et la lune ont leur existence propre ...." (Brhad-âranyaka-up 3.8-9)

Le Brahman est ce en quoi s'enracine le monde. Ainsi Katha-up 6.1 compare le monde à un figuier renversé:

" Ce figuier éternel [symbole du monde] dont la racine va en-haut, les branches en-bas, c'est le pur, le Brahman ".

Il est le protecteur de l'Univers et maintient les choses en l'état:

" Il est le protecteur du monde, il est le souverain du monde (îça) " (Kaushitakî-up. 3.9).

En outre, il guide les créatures dans leurs actions; en Bâ 3.7.19-23, l'âtman est l'antaryâmin, le guide intérieur.

Mais le Brahman n'intervient pas dans l'histoire.

3. L'eschatologie des Upanishads: le Brahman comme lieu de retour de l'univers et de l'âtman

On connaît la doctrine de l'hindouisme classique qui s'épanouira dans les Purâna-s: la création périodique de l'univers et sa dissolution périodique avec sa résorption dans le Brahman, aux termes d'énormes périodes de temps: les kalpa-s et les para-s ( voir Les périodes cosmiques).

Cette conception est étrangère aux Upanishads les plus anciennes.

Il convient de distinguer :

1. le retour des individus dans le Brahman

2. le retour de l'univers.

(1) Taittirîya-up 3.1 : Celui de qui, en vérité, les êtres naissent, par qui les êtres vivent, en qui ils rentrent en mourant.... c'est le Brahman.

Mundaka 2.1.1 : " De même que d'un feu bien allumé jaillissent par milliers des étincelles qui sont en parenté avec lui, ainsi, mon cher, de l'Impérissable (= du Brahman) émanent les êtres divers et retournent à lui "

(2) Il n'est pas question d'une dissolution de l'univers dans les Upanishads anciennes. L'idée apparaît en Shvetâshvatara-up 3.2 et 4.1: " l'être unique (Shiva) , lui en qui le monde est dissous à la fin et qui crée au commencement, c'est lui le Dieu, puisse-t-il nous combler d'une intelligence heureuse ! "

a) La périodicité apparaît en Maitry-up. 6.17:

En vérité, le Brahman, au commencement, était tout ce (monde). Il existait seul, illimité à l'Est, illimité au Sud, illimité à l'Ouest, illimité au Nord, illimité au-dessus et au-dessous. Cette Âme suprême est illimitée, innée, inscrutable, impensable et son Soi est l'espace. Lorsque le monde est détruit, seule, elle veille ; à partir de cet espace, elle éveille ce (monde) qui n'est rien que pensée; ce monde est médité par Elle et en Elle il est absorbé.

b) La transmigration (voir aussi la réincarnation)

La conception classique est celle du Vedânta. L'humanité, selon Shankara, est comme une plante. Comme une plante, elle germe, se développe et retourne finalement à la terre. Pas complètement cependant. De même que la graine des plantes survit, de même les oeuvres d'un homme lui survivent comme une graine qui jette la semence d'une nouvelle vie.

Chaque vie, avec ses actions et ses souffrances, est l'inévitable conséquence des actions d'une existence précédente et conditionne, par les actions qui y ont été accomplies, la vie suivante.

On ne peut trouver avec certitude la trace de la doctrine de la transmigration dans aucun texte védique avant les Upanishads.

Dans le Rig-Veda, on enseigne pour les bons une existence éternelle parmi les dieux sous le contrôle de Yama, et pour les mauvais un voyage dans les profondeurs abyssales. Il y a même trace d'un jugement des morts: car il faut passer devant les deux chiens de Yama qui gardent l'entrée du séjour des dieux. Les élus festoient et banquettent avec les dieux (idée du repas de fête pris avec les dieux, ce qui était déjà le cas avec le sacrifice).

Le plus ancien texte des Upanishads à parler de la réincarnation est Brhad-âranyaka-up 4.4.3 (vers le - 6ème s.): " De même qu'une chenille, arrivée au bout d'un brin d'herbe, se contracte pour une nouvelle avance, de même cet âtman, secouant son corps, s'étant libéré de l'ignorance, se contracte pour une nouvelle avance ".

ainsi que Bâ 4.4.6 " Celui qui est arrivé au but final des actions qu'il commet ici-bas, retourne du monde de l'au-delà dans le monde de l'action..... quant à celui qui ne désire que l'âtman.... n'étant que Brahman il entre en Brahman".

c) Chemin des Pères et Chemin des Dieux

Voir Chandogya-up 4.15.5 et Brihad-âranyaka-up 6.2.14

On y dit que lors de la crémation du corps, l'âme entre dans la flamme, puis dans le jour, puis le soleil...... et le Brahman. La signification est que l'âme entre dans des régions toujours plus lumineuses. C'est le chemin des dieux (devayâna).

Le devayâna s'oppose au Pitryâna (le chemin des Pères): l'âme entre dans la fumée (non dans le feu), dans la nuit (et non dans le jour), dans la quinzaine sombre de la lune, et finalement dans la lune où elle fait transit. Puis l'âme se rematérialise en éther, vent, fumée, brume, nuage et en semence, puis suit l'entrée dans une matrice et donc une renaissance.

Dans le bouddhisme il y a un schéma analogue, dans Le Bardo Thödol.

Le schéma est un peu différent en Kaushithakî-up 1.2: toutes les âmes sans exception vont à la lune, leurs connaissances sont testées, et, selon le résultat, elles empruntent le devayâna pour rejoindre le Brahman, ou bien elles sont renvoyées sur terre.


C. La libération

En quoi consiste la libération ?

Lorsqu'on se rend compte qu'on est un âtman, lorsque tous les autres désirs que celui de faire advenir l'âtman se seront évanouis, lorsqu'on est libre par rapport à tous les désirs, alors on atteint la libération. Le plus beau texte est celui de Brhad-âranyaka-up 4.4.6-7:

" Quant à celui qui n'est pas consumé par le désir, qui est libre par rapport au désir, qui est libre par rapport à tous les désirs, qui ne désire que l'âtman, ses souffles ne s'échapperont pas (vers d'autres régions), n'étant que Brahman, il entre en Brahman. ... Quand toutes les passions s'évanouissent, qui élisent domicile dans le coeur de l'homme, alors lui qui est mortel devient immortel. Dès ici-bas, il jouit du Brahman [il est donc un délivré vivant]".

Cette découverte libératrice qu'on est soi-même un âtman passe par une discipline dont les anciennes Upanishads parle déjà: le yoga.

D. Le degré de réalité du monde

Dans les Upanishads deux tendances s'affrontent:

1) une tendance idéaliste qui sera ensuite formulée magistralement par Shankara et le Vedânta : ce monde n'est qu'un reflet, il est donc illusoire, il n'a pas d'existence par lui-même.

2) Une tendance réaliste qui sera élaborée dans le sâmkhya.

La tendance idéaliste part de l'idée de l'unité de l'être. Par-delà la pluralité apparente des choses, il ne peut y avoir qu'une seule réalité, et cette réalité c'est le Brahman. Les tenants de cette tendance s'appuient sur des vers tels que Rig-Veda 1.1.64.46: "ekam sad viprâ bahudhâ vadanti" : "les poètes donnent de nombreux noms à ce qui est seulement un" et RV 10.90.2 " Cet univers entier est le Purusha seul, à la fois celui qui fut et celui qui sera " et sur des passages des Upanishads tels que Brhad-âranyaka-up 2.4.7-9 où il est dit : de même que les sons d'un tambour, d'une conque ou d'un luth n'ont pas d'existence par eux-mêmes, mais uniquement par rapport à l'instrument qui produit les sons, de même les objets de l'univers n'existent pas indépendamment du Brahman.

La tendance réaliste postule l'existence de deux réalités éternelles: le purusha ( = le Brahman, le principe spirituel du monde) et la prakriti (la matière-énergie universelle). C'est le sâmkhya, qui est la base philosophique du yoga-darçana.

Les 18 premiers produits de la prakriti ( buddhi, ahamkâra, manas, les 10 indriya-s, et les 5 tanmâtra-s ) forment le corps subtil ( linga) qui entoure l'âtman et l'accompagne lors de sa transmigration.

Sources:
P. DEUSSEN, Sechzig Upanishad des Veda, Darmstadt, 1963
P. DEUSSEN, The Philosophy of the Upanishads
John Muir, Original sanskrit texts on the origins and progress of the religion and institutions of India, Londres, 1858
Surendranath Dasgupta, A History of Indian Philosophy, 1961-65
(Par Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg. Site : stehly.chez-alice.fr)

sunny
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Ãnanda
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MessageSujet: Re: Les doctrines fondamentales des Upanishad-s   15/9/2011, 4:50 am

Merci pour ce travail Greenman Very Happy

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"Misérable est le corps qui dépend d’un corps et misérable est l’âme qui dépend de ces deux". (Logion 81 - Evangile selon Thomas)
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