SAMÂDHI, ou le sentier vers l'Eveil...

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 Adi Shankaracharya

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Greenman
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MessageSujet: Adi Shankaracharya   14/9/2011, 11:37 pm



Śankara (788-820, ou 700-750)


Śankara (Shankara) est né au Malabar, dans la localité de Kâladi, dans le Sud de l'Inde, dans une famille çivaïte de très stricte orthodoxie brahmanique, une famille de brahmanes Nambûtiri (il y a aujourd'hui encore 16.000 brahmanes Nambûtiri au Malabar-Kerala).

A cinq ans, comme il est d'usage, il passe par l'initiation brahmanique (upanayana), et il est investi du cordon sacré. Puis il étudie dans une école védique (pâthaçâlâ). Comme tout élève védique, le jeune Śankara devait quêter jour après jour sa nourriture et préparer les cérémonies rituelles.

A seize ans, il opte pour la vie d'ascète itinérant (samnyâsin), devint le disciple de l'ascète Govinda Bhagavatpâda, auteur des Kârikâ sur la Mandukya-Upanishad..

Çankara eut d'ailleurs l'extrême bonheur de rencontrer le maître de son maître (le paramaguru), peu avant la mort de celui-ci.

La grande ambition de Śankara était la restauration de la Religion éternelle (vedikamatha) de l'Inde, de rétablir, devant le pullulement et le foisonnement des sectes, l'unité religieuse de l'Inde, devant la menace de l'islam.

Dans ce but, il fit trois fois le tour de la péninsule indienne. Au cours de ses pérégrinations, il fonda d'innombrables monastères (matha), où s'enseignent la Śruti et la smriti.

Il fit notamment un pèlerinage dans l'Hîmalaya au mont Kailasa, demeure traditionnelle de Śiva et de son épouse Parvatî. Lui-même est d'ailleurs considéré comme une incarnation plénière de Śiva.

Il a été aperçu pour la dernière fois à Kañci (dans le Tamil-Nadu, extrême sud de l'Inde). On ne sait rien de ses dernières années.

Il eut une activité de réformateur de l'hindouisme.:

suppression des sacrifices animaux
remplacement des boissons alcoolisées (madya), de viande (mâmsa) et de poisson (matsya) par des offrandes de riz, de fleurs et de laitages.

Dans un but d'unité religieuse, il introduisit l'adoration conjointe des cinq grandes divinités hindoues, lors du rituel privé quotidien: Sûrya (le Soleil), Durgâ (épouse de Śiva), Vichnou, GaneŚa (dieu représenté sous forme d'éléphant) et Śiva

Il enseignait qu'il ne fallait pas absolutiser les différentes religions. Elles ne sont pas des fins en elles-mêmes. Elle ne font que montrer la voie divine.

Il ne faut pas non plus absolutiser les rites, qui ne sont qu'un moyen provisoire de salut, qui doit un jour être dépassé par une rencontre directe avec l'Absolu, le Brahman. Ce qu'il appelle rites, ce sont les rites védiques et la bhakti..

En effet, au-delà des divers dieux qui, comme tous les hommes, sont soumis au cycle des renaissances, donc naissent et meurent, il y a le Brahman, unique et éternel, sans commencement, ni fin situé au-delà des noms et des formes, inconcevable pour un esprit humain ordinaire.

La doctrine de Śankara est fondée sur les Upanishads: " Les Upanishads ont été rédigées pour établir la science du Brahman [la théo-logie !], de façon que l’ignorance soit à jamais rejetée et que le cours des existences s’arrête " (UpadeŚasahasrî, I.25-27)

Le Brahman étant entièrement différent de tout ce qui existe dans ce monde-ci, il ne peut être décrit par les mots de la langue " Neti, neti " (Bâ).

On ne peut attribuer au Brahman des qualités qui auraient leur pendant dans ce monde-ci. Il est donc sans attributs (nirguna), sans spécification (nirviŚesha). On ne peut même pas prétendre qu’il soit un, car les nombres et les catégories ne s’appliquent pas à l’Absolu.

Il transcende les limitations du temps et de l’espace.

Seul le Brahman existe. Le monde n’a pas de réalité par lui-même. Il n’est qu’un reflet de l’Absolu. C’est ce que veut dire la célèbre formule du Vedânta selon laquelle le monde n’est qu’une illusion:


La Mâyâ

Il y a une force qui nous empêche de voir la source de ce reflet, qui fait que nous sommes hypnotisés par ce reflet, qui nous empêche de voir que derrière le monde il y a autre chose de plus réel, le seul réel. C’est la mâyâ qui voile le réel et projette la multiplicité Seul existe réellement le substrat de la réalité empirique et provisoire, le Brahman éternel et infini.

Contrairement au sâmkhya qui est un dualisme, le vedânta est un non-dualisme, ou un monisme.

Pour Śankara donc, le monde est irréel. Mais il ne va pas aussi loin que le nihilisme bouddhique, pour lequel le monde est une simple construction forgée par l’esprit, ou l’Advaïta postérieur qui pose qu’en dehors du réel absolu (Brahman), il n’y a que du perçu-pour-réel.

Pour Śankara, le monde bien que fondé sur des perceptions n’est pas une simple perception. Il se distingue, par sa coordination, des images du rêve. Il se distingue aussi de l’hallucination, laquelle n’a qu’une réalité d’apparence.

A quel fin est imparti cet enseignement ? Comme les autres darŚana-s, le vedânta prétend conduire à la délivrance, laquelle réalise l’unicité de l’être définitivement et en pleine conscience, résorbant le jîva dans le Brahman, abolissant l’avidyâ (la nescience) et le karman.

La méthode pratique; ce ne sont pas les œuvres et le rite comme dans la Mîmâmsâ.


La délivrance (moksha)

Dans un premier stade on peut se contenter des pratiques traditionnelles de la piété hindoue:

- culte rendu à sa divinité d’élection

- étude des textes sacrés

- méditation

- foi dans le contenu de la Śruti

- japa [histoire comparée des religions, cf. le dhikr des soufis]: répétition constante de l’une des grandes formules upanishadiques: tat tvam asi ( "Cela [=le Brahman], tu l'es toi-même") , aham Brahmâsmi ("je suis le Brahman").

Mais tout cela ne fait partie que du savoir inférieur, lequel donne accès seulement à la délivrance progressive, qui se fait à échéance lointaine.

Si l’on veut atteindre la délivrance dès cette vie-ci, devenir un délivré-vivant, il faut passer par les quatre sâdhana-s (réalisation de soi-même, perfectionnements intérieurs):

1) Discriminer l’éternel du non-éternel

2) se déprendre du fruit de l’acte, agir de manière désintéressée (BhG)

3) acquérir les six vertus: pacification de soi, maîtrise des sens, non-agir (nivritti), patience-endurance, concentration, foi)

Çankara se situe donc du côté de la nivritti

4) aspirer à la délivrance

L'inébranlable conviction que Brahman est la seule réalité et que l'univers est illusoire, c'est ce qu'on appelle la discrimination (viveka) entre le réel et l'irréel.

L'absence de passion (vairâgya) consiste, en accord avec les leçons de guru, etc., à renoncer aux jouissances passagères, depuis celles du corps jusqu'à celles de Brahmâ.

Lorsque, après avoir détaché sa conscience de la multiplicité des objets sensibles, dont une observation inlassable a mis les défauts en lumière, on réussit à la maintenir inébranlablement sur la même cible, on obtient le calme de l'esprit (çama).

Quand on parvient à déprendre les deux groupes d'organes (sensoriels et actifs) de leurs objets correspondants et à les cantonner en leurs centres respectifs, l'on a acquis sur soi-même un empire absolu (dama). L'arrêt des fonctions mentales (uparati) est au suprême degré lorsque l'on ne dépend plus des objets extérieurs.

Supporter toutes les afflictions sans se soucier d'y porter remède, et en même temps se garder de toute inquiétude et de toute doléance, voilà en quoi consiste la patience (titikshâ).

Le fait de déterminer et de comprendre la vérité de ce que les Ecritures et le guru enseignent, c'est ce que les sages appellent la foi (Śraddhâ), en vertu de laquelle la Réalité est perçue.

Ne jamais céder à une distraction de l'esprit, mais se concentrer à tout instant sur le Brahman pur, voilà en quoi consiste la stabilisation de la conscience (samâdhâna).

L'élan vers la délivrance (mumukshutva) c'est ce qui porte l'aspirant à se libérer, en réalisant sa véritable nature, de toutes les formes de servitude, depuis celle du sentiment du moi (aham-kâra) jusqu'à celle du corps grossier, qui ne sont que des surimpositions de l'ignorance. (Vivekacûdâmani 20 à 27.)

Il faut aussi passer par les 4 stades:

1) audition du Veda

2) réflexion sur le Veda

3) réflexion sur le Brahman (nididhyâsana)

4) Samâdhi: concentration ultime sur le Brahman avec ou sans distinction du connaisseur et du connu.

Alors se produit en nous la vision libératrice, l’éveil de l’être…

Le délivré vivant, libre des attaches humaines, ressentira quelque temps encore le contre-coup de son karma, avant de se fondre définitivement dans le Brahman, dans une béatitude infinie.



(D'après Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg. site : stehly.chez-alice.fr)


sunny
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